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 Page d'accueil Conditions de vie fin 19e et début du 20e siècle (1850-1915)  
Conditions économiques
"Gobbeuses" de minerai 1900 (amiante)
Musée McCord 1996-335.47

Amidonneuse de linge 1901
Musée McCord 85031181
Comme je l'ai mentionné précédemment, j’ai converti le tableau de 1908 en dollars de 2011. Il donne une idée approximative mais, peut-être légèrement sous-évaluée étant donné que la feuille de calcul de l'inflation de la Banque du Canada ne permet le calcul qu'à compter de 1914. Même si la vie a énormément changée entre 1914 et 2011, les besoins essentiels tels l'alimentation, le chauffage, le logement et les soins de santé sont toujours d'actualité en particulier pour les ouvriers. On peut supposer que le panier de biens sur lequel est basé l’indice a été modifié au fil du temps permettant ainsi d'avoir une bonne représentation de la situation financière des ouvriers de 1908 avec nos yeux de 2011.

  En 1911, 21% soit 7 810 travailleurs sont des employés de manufactures. Il s’agit de la catégorie d’emplois avec les plus mauvaises conditions de travail (population active de 37 190 personnes à Québec, main d’œuvre excluant les employés administratifs et les employeurs). Pour ce type de travailleurs le salaire annuel moyen passe de 285$ en 1900 ( 5 540$ en $ de 2011) à 338$ en 1910 (6 570 en $ de 2011).

Les ouvriers du bâtiment (10,4% de la main d'œuvre en 1911) et les débardeurs, hommes de métier pour la plupart, se rangent dans la catégorie des "privilégiés". Pourtant, compte-tenu du chômage saisonnier, rares sont ceux dont le revenu excède 600$ en 1911 (11 664$ en $ de 2011).

Les journaliers à l'emploi de la cité, paveurs de rues, poseurs d'aqueduc, charretiers, etc. reçoivent à peine plus de 400$ (7 776$ en $ de 2011).

En 1911, le revenu de l'instituteur laïque se chiffrait à 550$ (10 693$ en $ de 2011) et celui de l'institutrice à 220$ (4 276$ en $ de 2011).

Alors que le salaire d'un travailleur de manufactures n'augmente que de 18,5%, pendant la période de 1896 à 1914, le coût du logement double. En plus des loyers, les dépenses essentielles telles l'alimentation et le combustible connaissent des hausses marquées. Par exemple, dans la Basse-ville de Québec, le coût de l'alimentation croît de 56,5% et le prix du combustible grimpe de 40%, de 1900 à 1913. Il est facile de s'imaginer les conditions de vie difficiles dans lesquelles étaient plongées les familles de travailleurs.

Afin de mieux imaginer les conditions dans lesquelles vivaient ces familles à cette époque, j'utiliserai un article paru dans le journal le 18 janvier 1909 de L’Action sociale ( devenue L’Action catholique à partir de 1915). Il y est dressé un état des revenus et dépenses de travailleurs de la chaussure alors en plein conflit de travail.

Afin de voir qu'elle était le nouveau profil des ouvriers décrit dans les tableaux de cette page, j'ai fait quelques interpolations des taux d'augmentations mentionnés précédemment en tenant compte que mes tableaux sont ceux de 1908.

Au cours de la période allant de 1908 à 1914, le salaire annuel d'un ouvrier est passé de 438,40$ à 465,49$. Dans la même période, selon mes interpolations, la proportion du loyer sur le revenu annuel passe de 20,53% à 32,22%, celle du chauffage et de l'éclairage de 9% à 10% et celle de l'alimentation de 63,46% à 71,02%.

La proportion sur le revenu annuel du coût combiné du loyer et de l'alimentation passe à 103,24% alors qu'elle était d'environ 84%. Il devient absolument nécessaire, pour ce type de famille, de trouver d'autres sources de revenus pour survivre. Je suppose que les plus vieux membres de la famille doivent aller travailler et ajouter leurs revenus à celui du père.

 

Dans la deuxième colonne de cette page, je n'ai fait que reproduire le tableau de cet article de 1909. Dans la troisième colonne, j'ai converti les chiffres en dollars d'aujourd'hui.

État des revenus et dépenses 1908

Revenus

Tailleur de cuir

Monteur de chaussures

Machiniste

1er trimestre

145,77  

131,18  

140,57  

2e trimestre

108,54  

100,88  

71,21  

3e trimestre

83,37  

61,69  

91,21  

4e trimestre

100,72  

88,38  

97,41  

Annuel

438,40  

382,13  

400,40  

Dépenses

Loyer

90,00  

72,50  

84,00  

Chauffage et éclairage

39,50  

30,00  

42,00  

Alimentation

278,20  

323,00  

298,40  

Vêtements et lingerie

94,00  

121,50  

135,75  

Taxes inscription école, église assurance maladie

62,00  

69,00  

59,10  

Divers

25,00  

15,50  

10,00  

588,70  

631,50  

629,25  

Surplus (déficit) annuel

(150,30)

(249,37)

(228,85)

Salaire hebdomadaire moyen

8,43  

7,35  

7,70  

BANQ: Action Sociale 1909

Les chiffres de cette analyse sont ceux, pour chaque métier, du revenu d’un père de famille moyenne avec 5 enfants en bas âge. Ils tiennent compte aussi du type d’association ouvrière dont ils font partie.

Comme on le dit dans l’article d’où proviennent ces chiffres:

un ouvrier ne peut pas vivre avec ce salaire. Certains artisans peuvent gagner jusqu’à 12$ par semaine, mais c’est l’exception et non la règle.

Supposons que le tailleur de cuir est un de ces artisans et qu’il peut gagner 12$ par semaine. À la fin de l’année, toutes choses étant égales par ailleurs, il bénéficierait d’un surplus de 35,36$ (687,26$ en dollars de 2011).

À la lumière de ces chiffres, il n'est pas étonnant que les enfants doivent travailler jeunes pour compléter le revenu familial. Souvent la femme aussi doit travailler. Le travail de la femme mariée doit se faire à la maison parce qu'il n'est généralement pas admis qu'elle travaille dans une entreprise.

 

État des revenus et dépenses 1908 converti en dollars de 2011

Revenus

Tailleur de cuir

Monteur de chaussures

Machiniste

1er trimestre

2 833,87  

2 550,23  

2 732,78  

2e trimestre

2 110,09  

1 961,18  

1 384,37  

3e trimestre

1 620,77  

1 199,30  

1 773,19  

4e trimestre

1 958,07  

1 718,17  

1 893,72  

Annuel

8 522,80  

7 428,87  

7 784,06  

Dépenses

Loyer

1 749,66  

1 409,45  

1 633,02  

Chauffage et éclairage

767,91  

583,22  

816,51  

Alimentation

5 408,40  

6 279,35  

5 801,10  

Vêtements et lingerie

1 827,43  

2 362,05  

2 639,08  

Taxes inscription école, église assurance maladie

1 205,32  

1 341,41  

1 148,95  

Divers

486,02  

301,33  

194,41  

11 444,74  

12 276,80  

12 233,06  

Surplus
(déficit)
annuel
(2 921,94) (4 847,93) (4 449,00)

Salaire hebdomadaire moyen

163,90  

142,86  

149,69  

À compter du 1er mai 2011, le salaire minimum est passé à 9,65$ l’heure soit : 386$ par semaine. Ce montant de 386$ représente une semaine normale d'aujourd'hui soit 40 heures. Mais à cette époque, elle était plutôt de 54 heures et même 60 heures. En prenant comme base la semaine de 54 heures, le salaire hebdomadaire minimum d'aujourd'hui vaudrait 521,10$.

On peut constater que l’ouvrier de 1908 gagnait environ le quart du salaire minimum d’aujourd’hui, soit:

    • 31% pour le tailleur de cuir;
    • 27% pour le monteur;
    • 29% pour le machiniste.

Quant on pense que de nos jours, le salaire minimum est considéré sous le seuil de la pauvreté. Il n’est pas bien difficile d’imaginer les difficultés monétaires des ouvriers de cette époque avec une famille de 5 enfants en bas âge. Compte tenu, du faible revenu de ces gens, et de l’absence presque totale de protection sociale, la maladie devient un risque épouvantable.

En effet, à cette époque, l'assurance-maladie n'existe pas tous les soins doivent être payés. Si en plus, c'est le gagne-pain de la famille qui est malade alors c'est catastrophique. Ces familles devaient compter sur les organisations caritatives, privées, souvent des organisations religieuses.

Aujourd'hui, surtout au Québec, la population compte sur les pouvoirs publiques pour assumer le soutien aux nécessiteux à cette époque, ce n'était pas du tout dans le mandat des pouvoirs publiques. Je ne crois pas malgré le dévouement de ces organisations caritatives que le soutien des pauvres étaient aussi bien qu'aujourd'hui. ( mon éditorial)